Le bibi a pour principal intérêt d'engendrer des noms de nombres agréables à l'oreille, bien dans le style de certaines chansons de Boby. N'est-il pas plus mélodieux de déclarer "bibi plus koka égale hahoho" que notre vulgaire "cent dix-neuf plus cent trente-sept égale deux cent cinquante-six" ? (Ce serait à mon avis encore plus joli en aspirant bruyamment les H, mais en bibi ils sont irrémédiablement muets.)
Bien que, pour diverses raisons, le bibi soit inutilisable en pratique, il semble qu'un certain nombre de gens l'aient pris au sérieux. Quelques-uns qualifient même Boby Lapointe de mathématicien pour cette invention... Tout en gardant un peu plus de recul et un sourire en coin, rien n'empêche de se pencher de plus près sur ce système.
Le bibi repose sur trois idées :
Au lieu d'utiliser la base dix comme la numération habituelle, le bibi utilise la base seize. Cette base est d'un emploi courant chez les informaticiens car elle facilite les conversions de et vers la base deux (système binaire) dont se servent les ordinateurs. Bien sûr, en 1968 les informaticiens étaient une espèce rare et la base seize de Boby une curiosité incongrue. Le système à base seize se nomme officiellement hexadécimal, mais comme seize vaut deux puissance deux puissance deux (soit deux puissance quatre ou quatre puissance deux, comme vous préférez), Boby lui a attribué trois fois le préfixe bi, d'où bibi-binaire.
Pour écrire les nombres en bibi on utlisera donc seize chiffres différents valant de zéro à quinze. Les nombres à plusieurs chiffres fonctionnent selon le principe classique de la numération de position : le chiffre de droite indique les unités, le deuxième chiffre à partir de la droite indique les seizaines, le troisième indique les deux-cent-cinquante-sixaines (seize fois seize), le quatrième les quatre-mille-quatre-vingt-seizaines (seize fois seize fois seize) etc.
Les seize chiffres du bibi ne s'appellent pas platement "zéro, un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, a, bé, cé, dé, e, effe" comme ceux de l'hexadécimal mais portent des noms poétiques qui en font tout l'attrait : HO (0), HA (1), HE (2), HI (3), BO (4), BA (5), BE (6), BI (7), KO (8), KA (9), KE (10), KI (11), DO (12), DA (13), DE (14), DI (15).
Pour écrire les nombres en chiffres, le bibi
utilise seize symboles particuliers à la place
de nos bons vieux 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Ils
sont indiqués dans le tableau suivant, que j'ai
volé à Fatrazie :
Dans chaque colonne, les lignes successives montrent
respectivement :
Dans les noms usuels des nombres, le rang de chaque chiffre est indiqué en ajoutant des mots tels que "cent" et "mille", ou dans le cas des dizaines en employant un nom différent de celui de l'unité (vingt, trente...). Rien de tel en bibi : pour nommer un nombre, on nomme simplement ses chiffres l'un après l'autre. C'est simple, c'est rapide, c'est amusant, et ça rend bien sûr le bibi inutilisable pour des nombres de plus de trois ou quatre chiffres.
Par exemple, soixante et onze, qui vaut quatre fois seize plus sept, soit BO fois seize plus BI, se dit BOBI. Cinq mille cinquante-deux, qui vaut une fois quatre mille quatre-vingt-seize (HA), plus trois fois deux cent cinquante-six (HI), plus onze fois seize (KI), plus douze (DO), se dit HAHIKIDO. Ainsi, pour rappeler la générosité de Boby envers sa fiancée Colette, il suffira de dire "cinq cent quatre-vingt-quatre milliards six cent vingt-trois millions sept cent cinq mille six cent soixante et onze", ce que tout bon bibi-binariste traduira sans mal par KOKOHADEBOKADODEBOBI.
Il existe de nombreux sites consacrés à Boby Lapointe (souvent incorrectement écrit Bobby) et plusieurs sur le bibi-binaire (parfois sous les noms de bibibinaire, bibinaire ou bi-binaire). J'ai relevé notamment ceux de Fatrazie et du lycée Jean Moulin de Pézenas, ville natale de Boby.