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Retour vers Le cothurne étroit

L'Art (Théophile Gautier)

Oui, l'œuvre sort plus belle
D'une forme au travail
   Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
   Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rythme commode,
Comme un soulier trop grand,
   Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L'argile que pétrit
   Le pouce
Quand flotte ailleurs l'esprit ;

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
   Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
   S'accuse
Le trait fier et charmant ;

D'une main délicate
Poursuis dans un filon
   D'agate
Le profil d'Apollon.

Peintre, fuis l'aquarelle,
Et fixe la couleur
   Trop frêle
Au four de l'émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
   Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
   Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. — L'art robuste
Seul a l'éternité.
   Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
   Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent.
Mais les vers souverains
   Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
   Se scelle
Dans le bloc résistant !

Tiré de Émaux et Camées (1852). L'ensemble du recueil est disponible sur Wikisource.

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Dernière modification le 30/09/2014.