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Retour vers Le cothurne étroit

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En bref.

Chaque vers contient une permutation différente des quatre lettres E, R, I, C.

Mais encore...

Ce poème fait partie d'un recueil composé pour l'anniversaire d'Éric Angelini, membre actif de la liste oulipo et grand amateur de lexies tératoïdes.

Il se compose de 24 vers comprenant chacun l'une des 24 permutations distinctes des quatre lettres du prénom Éric, disposées en diagonale. Si l'on prend les quatre premières lettres du premier vers, puis les quatre lettres commençant au deuxième caractère du deuxième vers, puis les quatre lettres commençant au troisième caractère du troisième vers et ainsi de suite, on trouve successivement :

ECRI, ECIR, IERC, RECI, IREC, EIRC, ERCI, CIER, EICR, IRCE, RICE, RCEI, CREI, IECR, REIC, CIRE, ICER, CERI, ICRE, RCIE, CEIR, RIEC, CRIE, ERIC.

La diagonale est visible ci-dessous, où le poème est reproduit dans une police de chasse fixe (caractères de largeur constante).

Le poème est aussi une allusion à une célèbre tirade de « Cyrano de Bergerac » reproduite dans la section Références.

  [Écri]re à la demande un fastidieux sonnet
  D[e cir]constance en vers que d'avance on connaît ?
  Cr[ier c]ent fois sa flamme ou sa béatitude
  En [réci]tant toujours les mêmes platitudes ?
  Refa[ire c]onstamment ce que partout l'on vit
  Et ob[éir, c]ontraint, à d'ineptes avis ?
  Non, m[erci] ! Mais, flatter d'un mot presque indicible
  Une sor[cièr]e hautaine à qui l'on est sensible,
  La Lorel[ei cr]uelle ou l'âpre Esmeralda,
  L'oeil no[ir ce]rné de khôl, le teint de réséda !
  Pour l'act[rice] adulée, qu'on compose et dédie
  Soit une fa[rce i]nsigne ou une tragédie !
  Que d'une en[cre i]mplacable on signe des factums,
  Révère l'iron[ie, cr]itique ad libitum !
  Se piquer d'êt[re Ic]are et brûler dans les spasmes
  Ses attèles de [cire] au feu de l'enthousiasme !
  Je veux m'encapr[icer] des briseurs d'organon
  Qui savent s'élan[cer i]gnorant les canons.
  Si j'ai pour un am[i cré]é quelque humble stance,
  Qu'il blâme ou reme[rcie] j'assume la sentence ;
  Quand il serait féro[ce, ir]rité ou méchant
  Je n'en suis point su[ri. Éc]oute donc mes chants :
  C'est pour toi que je [crie], en ce jour mémorable,
  Très bon anniversaire, [Éric] le Vénérable !

Références.

Cyrano de Bergerac
Edmond Rostand

Acte II – scène 8.

CYRANO

[...]  Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ? »...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !


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© Nicolas Graner – 2001

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Dernière modification le 04/02/2013.