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Retour vers Le cothurne étroit

Lipogramme

Un lipogramme est un texte dans lequel on s'impose de ne pas utiliser une ou plusieurs lettres de l'alphabet.

La difficulté d'écrire un lipogramme dépend évidemment des lettres que l'on souhaite éviter : plus ces lettres sont fréquentes dans la langue ordinaire, plus l'exercice est ardu. En français, la lettre la plus fréquente est le E, qui représente environ 17% des lettres d'un texte ordinaire, et est présent dans plus de 85% des mots de la langue. Il n'est donc pas surprenant que le plus difficile, et partant le plus populaire, des lipogrammes soit celui où l'on s'interdit d'utiliser le E — on dit plus simplement : le lipogramme en E.

La technique d'écriture du lipogramme en E est très bien décrite par exemple sur le site de Marc Autret. L'archétype de cette contrainte est sans conteste le roman La Disparition de Georges Perec, qui non seulement aligne trois cents pages sans un seul E, mais raconte la disparition de cette lettre en accumulant les auto-références subtiles. On y trouve également des réécritures (ou des parodies) sans E de poèmes et autres textes célèbres, exercice que l'on retrouvera sur certaines pages du présent site.

À l'époque où la plupart des ordinateurs codaient les caractères sur 7 bits, ils ne pouvaient représenter qu'une centaine de caractères différents, qui ne comprenaient pas les signes diacritiques du français (accents, tréma, cédille). Certains puristes francophones rechignaient à écorcher leur langue en omettant ces signes là où ils auraient dû apparaître ; ils s'astreignaient donc à n'utiliser que des mots ne nécessitant aucun signe diacritique, ce qui revient à n'écrire que des lipogrammes en à, â, ç, é, è, ê, ë, î, ï, ô, ù, û, ü et ÿ. Bien qu'aujourd'hui la plupart des ordinateurs et des réseaux manipulent sans difficulté ces caractères, cette contrainte attire encore certains amateurs. On en trouvera un exemple sur ce site.

Un autre lipogramme populaire est la contrainte du prisonnier où l'on cherche à économiser de la place sur le papier en n'utilisant pas les lettres qui dépassent au-dessus ou au-dessous de la ligne d'écriture. Dans sa version « molle », cette contrainte est un lipogramme en b, d, f, g, h, j, k, l, p, q, t et y : on s'interdit donc d'utiliser près de la moitié de l'alphabet. Toutes les lettres majuscules sont également exclues. Dans la version « dure » on s'interdit de plus le i (à cause de son point), tous les caractères accentués et les signes de ponctuation autres que le point, le deux-points et le tiret.

On peut définir de même la contrainte du prisonnier inverse (ou contrainte de l'évadé) où seules les lettres qui dépassent au-dessus ou au-dessous de la ligne sont autorisées. On est cependant obligé d'accepter aussi les voyelles, sinon il serait impossible d'écrire un texte complet. La contrainte du prisonnier inverse est donc un lipogramme en c, m, n, r, s, v, w, x et z.

Lorsque l'on s'interdit d'utiliser la plupart des lettres, l'attention se déplace des lettres interdites vers les quelques lettres restant autorisées. Ainsi, un texte où l'on n'utilise qu'une ou deux des cinq voyelles prendra le nom de monovocalisme ou bivocalisme, plutôt que celui de lipogramme auquel il aurait pourtant droit.

Les nombres dont le nom ne contient pas de E, comme « cinq », « dix-huit » ou « trois milliards vingt-huit millions », forment un ensemble intéressant que j'ai étudié dans un article intitulé Liponombres.

À l'opposé du lipogramme on trouve le pangramme, texte dans lequel on s'impose d'utiliser toutes les lettres de l'alphabet.

Attention ! ne confondez pas :

  1. le lipogramme (familièrement : lipo) qui vient du grec leipein signifiant « laisser, enlever » et gramma, « lettre ». Au XVIIe siècle on écrivait d'ailleurs leipogramme.
  2. le préfixe lipo- ou lipi- qui vient du grec lipos signifiant « graisse », qu'on trouve dans lipide, liposoluble, liposuccion, etc.
  3. la LiPo, abréviation de Littérature Potentielle, qui est l'objet d'étude de l'OuLiPo.
  4. Li Po, ancienne transcription du nom de Li Bai (701-762), l'un des plus grands poètes chinois classiques, d'inspiration taoïste et alcoolique.

Un lipogramme ne désigne donc pas un texte écrit en caractères gras, mais un lipo de Li Po pourrait être un exemple de LiPo.


© Nicolas Graner – 1998

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Dernière modification le 30/09/2014.