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Retour vers Le cothurne étroit

Traverse la terre (2017)

En 2017, Zazie mode d'emploi a proposé de jouer avec le texte suivant :

Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

Michelle Grangaud, Poèmes fondus, P.O.L., 1997.

Ce haïku est composé de mots tirés de Joachim du Bellay, Les Regrets, sonnet XIX :

Ce pendant que tu dis ta Cassandre divine,
Les louanges du Roy, et l'heritier d'Hector,
Et ce Montmorency, nostre François Nestor,
Et que de sa faveur Henry t'estime digne :

Je me pourmeine seul sur la rive Latine,
La France regrettant, et regrettant encor
Mes antiques amis, mon plus riche tresor,
Et le plaisant sejour de ma terre Angevine.

Je regrette les bois, et les champs blondissans,
Les vignes, les jardins, et les prez verdissans,
Que mon fleuve traverse : ici pour recompense,

Ne voyant que l'orgueil de ces monceaux pierreux,
Où me tient attaché d'un espoir malheureux,
Ce que possede moins celuy qui plus y pense.

Toutes les contributions sont visibles sur le site Zazipo. Les miennes sont également reproduites ci-dessous.


Traverse les ténèbres

Je suis tout de travers, veuf et inconsolé,
Le prince de la terne Aquitaine abolie.
J'enterre celle qui m'avait affriolé ;
Un soleil noir a lui qui dit : Mélancolie.
   
En récompense pour m'avoir tant consolé
Possède si tu veux mont ou mer d'Italie,
La cola rivetée à mon cœur désolé
Et la treille, et le pampre où la rose s'allie.
   
Suis-je le fleuve Amour, Lusignan ou Biron ?
La Mère Michelle a rougi comme une reine,
J'ai rêvé d'une grange où nage la sirène.
   
Comme un faraud poète affrontant l'Achéron,
Mes psaumes font chanter sur la lyre d'Orphée
D'assidus polissons poussant des cris de fée.

Ce sonnet est une parodie de El Desdichado. La « fenêtre » centrale laisse apparaître le texte de Michelle Grangaud.


          Va au loin
          Qui rêve a
          Rive et ru

     Traversez les terres
     Ceux qui pensent ont
     La rive et le fleuve

Franchissant gaiement la terre
L'homme qui contemple acquiert
Son littoral et maints fleuves

Trois versions du même texte. Dans la première chaque vers se compose de 10 signes et 3 syllabes, dans la seconde 20 signes et 5 syllabes, dans la troisième 30 signes et 7 syllabes.


Voyagez, l'amie, pour enrichir votre weltanschauung.
Moi, l'auteur affamé de réflexions kabbalistiques,
je détiens des ponts.

Panscrabblogramme, texte composé avec les 102 lettres d'un jeu de Scrabble français (les jokers remplacent un F et un S).


Je traverserai la terre

À l'heure du berger,
Au mépris du danger,
J'emprunt'rai les rivières
Pour traverser la terre
À l'heure du berger,
Au mépris du danger,
Et nul n'y pourra rien changer.

Tombant du haut des nues,
Les penseurs sont venus
Se poser en propriétaires.
Tombant du haut des nues,
Les penseurs sont venus,
De tes rivières, il y en a plus.

Michelle Grangeorges

Parodie de la chanson Je rejoindrai ma belle, de Georges Brassens.


Rêveries : il baise Vénus, fée, belle députée... Il sera ça : un flatté.

rêveries il baise vénus fée belle députée il sera ça un flatté
reverses in taise velus fer pelle députés in séré va on flotte
reversas an tarse relus fur perle dépotes an sire vu ou floute
reversât aa terse relui fui perse déposes aa rire eu lu flouve
traverse la terre celui qui pense possède la rive et le fleuve

Traverse la terre. Celui qui pense possède la rive et le fleuve.

Selon le principe des doublets de Carroll on passe d'un mot au suivant en changeant une seule lettre ou, quand ce n'est pas possible, en réordonnant les lettres. Les chemins indiqués sont minimaux, il n'y en a pas de plus courts pour relier ces mots. Tous les mots appartiennent au lexique de l'Officiel du Scrabble (ODS5).


Aboutis ailleurs.
Celui dont le mental pense
prend rive, rivière.

Séchelle Tangaud, Tercets vaporisés

Traverse tes terres.
Qui pensera, obtiendra
le fleuve et des berges.

Axelle Angaud, Albums abrégés

Dans la première version les mots sont en ordre alphabétique, dans la deuxième ils sont en ordre alphabétique inverse.


Tout reposait dans Ur. Aucun souffle, aucun bruit,
Rien ne troublait l'épais silence de la nuit.
Accablés d'une vie au labeur enchaînée,
Vaincus par les tourments de leur âpre journée,
Enfants, femmes, vieillards, tous étaient assoupis.
Restés auprès des feux, allongés, accroupis,
Seuls quelques guetteurs las assuraient une veille
Et soudain une voix parvint à leur oreille.
Les mots en étaient durs et le ton incisif.
A l'entendre, chacun redevint attentif.
Tremblant d'indignation, l'homme au corps long et mince
Enuméra les maux qui frappaient la province :
Roi brutal, champs ingrats, eau trop rare, infections...
Rugissant, il jura de fuir ces afflictions
En suivant le chemin qui traverse la Terre.

Comme l'homme égrenait son sinistre inventaire
En habile orateur dominant le parterre,
L'un de ses compagnons lui jeta ce mot : « Pars ! »
Ulcéré, rassemblant quelques objets épars
Il rejoignit la route et se mit en campagne.
Quand il allait toucher au pied de la montagne
Un abîme sans fond s'ouvrit devant ses pas :
Il n'eut qu'un bond à faire et ne ralentit pas.
Puis il gravit des pics dont la cime implacable
Eût été pour tout autre un mur infranchissable.
Nuit et jour il marcha dans l'ombre des forêts,
Sous la grêle et la pluie, au tréfonds des marais.
Enfin il atteignit une austère vallée,
Profonde, ténébreuse, aride, désolée,
Où siégeait un oracle inspiré par le Ciel.
S'étant agenouillé, l'homme cracha son fiel,
Se lamenta, gémit, dépeignit sa débâcle,
Exigea que les dieux le soulagent. L'oracle
Dit gravement : « celui qui pense, sous les cieux,
Est celui qui possède. » Et tout fut silencieux.

L'homme espérait encore un mot, un geste, un signe
Attestant les égards dont il se croyait digne.
Rien ne se produisit. Alors, avec horreur,
Il comprit qu'il était cause de son malheur.
Voyant où le menaient la révolte insensée
Et le dérèglement constant de sa pensée,
En une grotte obscure il s'alla retirer,
Terré sans rien à craindre et rien à désirer.
Lors observer, apprendre, examiner, s'instruire,
Etudier, méditer, raisonner, songer, lire,
Fut son pain quotidien. Au fond de son exil
La rage se muait en un esprit subtil.
Enfin quand vint le temps de reparaître au monde,
Une foule innombrable accourue à la ronde
Vit que la rive où l'homme avait pris son appui
Et le fleuve fécond n'appartenaient qu'à lui.

Acrostiche : la première lettre de chaque vers écrit verticalement le texte de Michelle Grangaud.


N = 0
Traverse la terre.
Celui qui pense possede
la rive et le fleuve.

N = 1
Traverse le monde.
Celui qui pense detient
la rive ou le fleuve.

N = 2
Traversez les mondes.
Celui qui pense conquiert
la rive ou le fleuve.

N = 3
Explore maints mondes.
Qui est fort pensif conquiert
la rive ou le cours.

N = 4
Explore maints mondes.
Qui va fort pensif conquiert
un wharf ou le cours.

N = 5
Explore dix mondes.
Quand je soutiens fort l'esprit
j'acquiers quai et cours.

Deux occurrences successives de la même lettre doivent être séparées par au moins N autres lettres. Plus N augmente, plus cette règle devient contraignante, ce qui oblige à s'éloigner de plus en plus du texte original. Voir aussi Les trois ours.


Traverse ma terre.
Celui qui doute se cherche
vite avec sa berge.

Chaque vers comporte une contrepèterie de forme classique (échange de consonnes initiales).


Tchang lorgne tout ce qui pousse parmi les rizières et les forêts.

Tellement lumineux ! Tellement clairs ! Quels prosateurs parfaits, La Rochefoucauld et La Fontaine.

Tenir la tête calée quelque part puis la retirer et la frotter.

Tente le test : ce quiz psychologique privilégie la réflexion et la fantaisie.

Terminez le théorème : chaque quotient partiel plus le reste égale la fraction ...

Tiens ! Le Tellier, Calvino, Queneau, Perec, Pastior, Lescure, Roubaud, Étienne, Latis, Fournel !

Ton logiciel taré croit que passer par la route évitera la foule.

Torche-le ton cul qui pue, pauvre lopette ridicule, enculé libidineux, femmelette !

Totalement loufoque, ton cent-quinzième poème parodique : « le renard et la fourmi ».

Tous les tacticiens combinent, quoique parfois péniblement, la ruse et la force.

Tout le tintamarre cesse quand passent pompeusement le rajah et les fakirs.

Tragique, le ténébreux constellé qui pensait posséder la reine et la fée !

Transporte là ton cavalier, qui pourra prendre le roi et le fou.

Transpose le tenseur : certaines quartiques peuvent pondérer les résidus et la fonction.

Trump lançait tout ce qui pouvait provoquer les Républicains et les femmes.

Tuer le temps : ce que permettent parfois les revues en langue française.

Termine le travail : cherche quelques phrases, poste-les rapidement et laisse filer.

Les initiales des mots de chaque phrase sont les mêmes que celles du texte original : T L T C Q P P L R E L F.


Sept traversées capitales

L'avarice
Reverse au notaire.
Celui qui dépense cède
le fric et le beurre.

La colère
Bouleverse, atterre.
Celui qui est possédé
invective et pleure.

L'envie
Adverse est la terre.
Pense à celui qui possède
la rive et le fleuve.

La gourmandise
Verse le Sancerre.
Celui qui mange possède
la grive et l'effluve.

La luxure
Perverse adultère.
Celui que la transe obsède
arrive à pied d'œuvre.

L'orgueil
Renverse tes pairs.
Celui qui pousse précède
l'élite et le peuple.

La paresse
Tergiverse à terre.
Celui qui pionce ou décède
esquive l'épreuve.


Traverse le temps

11 janvier 49 av. J.-C. : Jules César traverse le Rubicon avec ses légions et marche sur Rome.

14 février 842 : Charles le Chauve et Louis le Germanique prononcent les serments de Strasbourg, chacun dans la langue vernaculaire de l'autre.

31 mars 1146 : à Vézelay, Bernard de Clairvaux prêche la croisade devant cent mille fidèles pour libérer la Terre Sainte aux mains des Musulmans.

29 avril 1429 : Jeanne d'Arc entre à Orléans, envoyée par celui qu'elle fera couronner trois mois plus tard sous le nom de Charles VII.

15 mai 1535 : Jacques Cartier entame son deuxième voyage au Canada, qui l'amènera jusqu'aux actuelles Québec et Montréal.

8 juin 1637 : Descartes publie son Discours, qui part de l'évidence « je pense donc je suis » pour aboutir à trois importants traités scientifiques.

14 juillet 1789 : le gouverneur des Invalides laisse le peuple de Paris s'emparer des 40 000 fusils qu'il possède.

24 août 1848 : l'Assemblée Nationale adopte le décret relatif à la taxe des lettres qui introduit le timbre-poste en France.

17 septembre 1884 : la société Eiffel achève la construction du viaduc de Garabit, 565 m d'une rive à l'autre de la Truyère.

3 octobre 1901 : naissance de François Le Lionnais, ingénieur, vulgarisateur et frésident-pondateur de l'Oulipo.

22 novembre 1928 : Ida Rubinstein crée le Boléro de Ravel à l'Opéra Garnier dans une chorégraphie de Bronislava Nijinska.

19 décembre 1951 : sortie en France du premier film en couleur de Jean Renoir, le Fleuve, primé à la Mostra de Venise.

Les douze mots du poème de Michelle Grangaud sont associés aux douze mois de l'année.


© Nicolas Graner – 2017

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Dernière modification le 08/01/2017.