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Désabonnez-moi.
Notations.
Une liste de discussion sur Internet. Consacrée à
l'Oulipo. Abonnement à tout hasard, par curiosité.
Quelques messages amusants. Beaucoup sans intérêt. Pas
le temps de tout lire. Je veux me désabonner. Impossible de
retrouver les instructions. Demande d'aide collective.
En partie double.
Naguère et il y a quelque temps, je me suis inscrit et
abonné à une liste de diffusion et groupe de
discussion consacré à l'Oulipo et à la
littérature à contraintes. Étant dans
l'incapacité et l'impossibilité de tout lire et
parcourir, je souhaite quitter ce groupe et me désabonner.
Hélas et malheureusement, je suis incapable et infoutu de
retrouver et mettre la main sur les instructions et la
méthode de désinscription et désabonnement.
Aussi c'est pourquoi je fais appel à vous et demande votre
aide.
Litotes.
J'ai rejoint un groupe de gens dont j'ai reçu quelques
messages. Je ne suis pas certain de la façon de les quitter.
Métaphoriquement.
M'étant aventuré sans boussole sur l'océan du
Net, je fus bientôt submergé par un torrent
d'information qui balaya les digues de mon disque dur. Me trouvant
désarmé devant ce tir de barrage, j'en appelle
à l'intervention d'une force d'interposition internationale
capable de contenir cette horde d'envahisseurs.
Rétrograde.
Je vous remercie de votre aide. J'en ai bien besoin pour me
désabonner. Parce que j'ai perdu les instructions. Pourtant
je suis sûr que je les avais mises quelque part. Juste
après les avoir reçues. C'est-à-dire quand je
venais de m'abonner. Pourtant elle avait l'air intéressante
cette liste. Je l'avais trouvée sur le site de l'Oulipo.
Celui qui m'avait été indiqué par mon moteur de
recherche. Quand je cherchais une bibliographie de Queneau. Pour
compléter mon article sur les Exercices de
Style.
Surprises.
C'est incroyable ce qu'on peut lire sur cette liste ! Il y a
même des trucs vraiment bien quelquefois. Mais alors qu'est-ce
qu'il y a comme bêtises entre-temps ! Ça vraiment
je m'y attendais pas. Et puis finalement quand j'ai
décidé de me désabonner, impossible de mettre
la main sur les instructions ! C'est fou comme c'est difficile
de retrouver quelque chose dans un ordinateur. Et quand j'ai
écrit à la liste pour demander de l'aide, ouh
là là, si vous voyiez ce que j'ai reçu comme
réponses !
Rêve.
J'étais dans un long corridor sombre. Tout au bout je
distinguais une porte d'où sortait un bruit de conversations
dont la langue m'était inconnue. De petits morceaux de
papier portant des messages s'envolaient par la porte et voletaient
autour de moi. Je tentais de les saisir mais ils
m'échappaient toujours. Plus je m'avançais vers la
porte et plus les papiers étaient nombreux. Ils formaient un
nuage dense qui m'étouffait, je ne pouvais plus respirer. Je
tentais de me retourner et de fuir, mais je ne trouvais plus le
chemin par où j'étais arrivé. Toutes les issues
étaient bouchées. Je me mis à hurler à
l'aide en direction de la porte, mais personne ne me
répondit. C'est alors que je me réveillai.
Pronostications.
Un jour, tu entendras parler d'une liste de discussion qui te
paraîtra intéressante. Elle portera un nom
étrange, Oulipo. Tu t'y abonneras par curiosité. Les
premiers messages que tu recevras t'intrigueront. Puis peu à
peu tu t'en lasseras. Un jour, tu voudras te désabonner. Tu
ne sauras plus comment faire. Tu demanderas de l'aide, mais tu ne
t'attireras que de la haine et du mépris.
Synchyses.
De l'Oulipo, à la liste tu t'abonnas qui discute. Bien,
d'icelle te désabonner tu voudrais. Comment faire le mode
d'emploi qui explique tu as perdu. D'être conspué une
seule à la liste le demander solution au risque.
L'arc-en-ciel.
Je n'aurais jamais dû me mettre sur cette liste rouge. J'en
reçois tous les jours des monceaux de messages
orangés. Je n'en ai pas encore trouvé un qui me fasse
rire jaune. J'ai l'impression que la plupart de ses membres ne sont
plus très verts. Ou alors, c'est moi qui suis vraiment un
bleu. En tout cas, j'ai envoyé ma demande de
désabonnement indigo. Il y en a qui ont réagi comme
s'ils avaient été violets !
Logo-rallye.
(Dot, baïonette, ennemi, chapelle, atmosphère,
Bastille, correspondance.)
Certes, cette liste ne m'appartient pas comme si je l'avais
reçue en dot, mais j'aimerais quand même en sortir
autrement qu'à la pointe d'une baïonette ! Vous m'y
traitez en ennemi, alors même que j'ai pris bien soin de ne
jamais me mêler de vos querelles de chapelle. Vraiment, il
règne ici une atmosphère épouvantable, pour la
moindre demande on menace de vous envoyer à la
Bastille ! Et pourtant, tout ce que je cherchais c'était
un moyen de faire cesser cette correspondance...
Hésitations.
Où sommes-nous exactement ? Sur un site web ? un
newsgroup ? une chatroom ? Ah non, une liste de
discussion. Et de quoi y discute-t-on ? De théorie des
graphes ? de Sherlock Holmes ? de montagnes russes ?
De l'Oulipo je pense, oui ça doit être ça. Et je
veux y participer ? l'acheter ? la repeindre ?
plutôt la quitter, probablement. Que faut-il faire pour la
quitter ? se déshabiller ? se
dévergonder ? se dédouaner ? il me semble
qu'il faut se désabonner. Mais comment fait-on pour se
désabonner ? comment ? comment ?
comment ? comment ?
Précisions.
Le 12 mars 2000 à 15h34, j'ai envoyé un message de 2
mots et 16 caractères à majordomo@quatramaran.ens.fr,
lequel m'a renvoyé le 12 mars 2000 à 15h36 un message
de 2784 caractères dont j'ai lu les 319 premiers avant de le
détruire. À la suite de cela j'ai reçu 54
messages en 29 jours dont 3,7% m'ont paru très
intéressants, 14,8% peu intéressants, et 81,5%
totalement dénués d'intérêt. En
conséquence de quoi j'ai tenté de faire cesser ces
envois par 11 méthodes différentes, dont 9 messages
envoyés à 4 adresses distinctes. Il en est
résulté 8 messages d'erreurs incompréhensibles,
87 messages d'insultes, et 3 offres d'aide.
Le côté subjectif.
Décidément, c'est bien difficile de se faire
reconnaître, de nos jours. Écrire, ce n'est pas le plus
dur, je dirais même que j'ai une facilité que beaucoup
m'envieraient. J'ai une imagination étonnante pour inventer
de nouvelles contraintes. Un peu comme Perec, mais en plus subtil.
Perec, c'est souvent assez lourd. Disons que j'allie la technique de
Perec avec la poésie de Queneau. Évidemment, il n'y a
pas beaucoup de monde qui sache apprécier ce type de
littérature à sa juste valeur, c'est la croix de tous
les artistes véritablement novateurs et en avance sur
leur époque. Et ces imbéciles d'éditeurs qui ne
pensent qu'à s'en mettre plein les fouilles, il n'y en a pas
un qui voie assez loin pour oser me publier. Mais moi je m'en fiche,
j'étais même prêt à balancer toutes mes
oeuvres sur Internet, comme ça, pour l'amour de l'art. Eh
bien croyez-moi, ils ne sont pas mieux là qu'ailleurs.
Même ce groupe censé s'intéresser à
l'Oulipo, on aurait pu espérer qu'il y en aurait au moins
quelques-uns qui auraient pu entrevoir la portée de mes
créations, non ? Eh bien rien, pas une réaction,
pas de louanges, même pas de critiques, rien que le silence et
l'incompréhension. Mais alors quand je leur ai annoncé
que je quittais le groupe, attention, d'un seul coup on aurait cru
qu'ils avaient tout saisi. Bonjour la douche !
Autre subjectivité.
Mais pour qui il se prend, cet enflé, avec ses exercices de
maternelle ? Il croit nous impressionner avec des trucs qui
n'amusaient déjà plus mon grand-père ? Oh
non je vais pas lui répondre, ça lui ferait trop
d'honneur. Ah ben tiens, je l'aurais parié, voilà
qu'il envoie sa demande de désabonnement à la liste.
Même pas foutu de lire des instructions écrites pour
des crétins microcéphales. Attends un peu, tu vas voir
comment je vais te l'allumer !
Récit.
Je me suis abonné il y a quelque temps à cette liste
de discussion car j'avais un peu entendu parler de l'Oulipo et
j'espérais en apprendre plus à son sujet. Cependant,
j'ai constaté que les messages que je recevais de la liste
consistaient essentiellement en des exercices puérils de jeux
sur les mots ou en discussions oiseuses sans rapport avec l'objet
annoncé. Aussi ai-je rapidement décidé de me
retirer de cette liste. Comme je n'avais aucune information
concernant la méthode à employer pour ce faire, j'ai
demandé collectivement aux membres de la liste de m'aider
à me désabonner.
Composition de mots.
Je prie les oulipolistiens de benevouloir m'électrenvoyer des
clarinstructions pour me désoulipolistabonner. Avec mes
remerçanticipations.
Négativités.
Ce n'est ni un forum, ni un site Web, mais une liste de discussion.
On n'y parle ni de la Pléiade, ni des Romantiques, mais de
l'Oulipo. Ce n'est ni totalement dénué de valeur, ni
passionnant, mais d'un intérêt variable. Je ne souhaite
ni y rester, ni en chasser les membres, mais me désabonner.
Je ne demande ni vos injures, ni votre pitié, mais votre
aide.
Animiste.
Mon ordinateur s'est abonné à une liste de discussion.
Le serveur ne cesse de lui envoyer des messages qui viennent nicher
sur mon disque dur, lequel craint d'étouffer rapidement. Ce
message s'est échappé de mon clavier pour aller
chercher secours auprès du grand Internet, le priant
d'intercéder auprès du serveur pour désabonner
mon pauvre ordinateur.
Anagrammes.
Semages à sout les pouliniés : zilleuve avoir
l'ambitiale de me donnabéser de votre stile s'il vous
pâlit. Crime d'ancave.
Distinguo.
Malgré tout l'intérêt (et non le laid terrain)
que je porte à l'Oulipo (non que la poule allie au porto) en
général (je ne dis pas que le gêné
râle) et à cette liste (qui n'est pas un site leste) en
particulier (il n'est même pas en partie culier), je me vois
malgré tout contraint (ce qui vaut mieux qu'un contre tous)
de m'en désabonner (ce n'est pas ce que demande Elsa Bonnet).
Merci de m'accorder votre indulgence (sans pour autant que ma corde
ait vos trains d'urgence).
Homéotéleutes.
Dans cette élite où cohabitent de vieux ermites
mangés aux mites et des bleubites néophytes, une loi
(un mythe ?) jamais écrite veut qu'on évite toute
conduite parasite, toute redite satellite. Mais je dois vite prendre
la fuite car je m'effrite et me délite dans votre site. Je
sollicite les érudites : quels sont les rites dont on
s'acquitte quand on vous quitte ?
Lettre officielle.
Messieurs,
vous n'êtes pas sans ignorer que je suis membre du groupe dit
"oulipo" depuis le 17 courant. En raison de circonstances
imprévues et indépendantes de ma volonté, je
me vois dans l'obligation de résilier mon abonnement dans
les meilleurs délais.
Je vous prie de procéder avec diligence aux
opérations nécessaires à l'accomplissement de
cette transaction et de veiller au remboursement des sommes
engagées conformément à la convention en
vigueur.
Dans l'attente d'une réponse, je vous prie d'agréer,
Messieurs, l'assurance de mes sentiments oulipiens.
Prière d'insérer.
Dans son nouveau roman "le Désabonné", Alfred Dugland
transpose avec talent au monde virtuel du cyberespace
l'atmosphère oppressante de ses précédents
ouvrages. On retrouvera avec un rare bonheur le héros de "la
souris sous le tapis" (prix Maurora 1997) aux prises avec une bande
d'inquiétants conspirateurs qui mobilisent toutes les
ressources des Autoroutes de l'Information pour parvenir à
leurs fins. Mais quel est leur véritable but ? Quel
être se cache derrière le mystérieux Yu Li
Po ? Et par quelle incroyable ruse le héros
parviendra-t-il, après mille péripéties
inattendues, à échapper aux griffes des
réducteurs de cerveaux ? Une intrigue palpitante, un
suspense insoutenable : Dugland est ici au sommet de son art.
Les copains étaient tous attablés au Susan's Bar quand
Ernest se pointa, à la bourre comme d'habitude.
- Alors, quoi de neuf ? demanda Philippe.
- Alors ça y est, j'ai mon modem, répondit Ernest.
- Ça sert à quoi ? demanda Philippe.
- Ben, pour Internet, répondit Ernest.
- Ah ouais, Internet, fit Philippe.
- Alors, c'est vrai que c'est marrant ? demanda
Stéphane.
- Bof, ça dépend, y'a des trucs pas mal, fit Ernest.
- Les sites de cul ? suggéra Stéphane.
- Mais non, y'a pas que ça, rétorqua Ernest. Tiens,
j'ai trouvé un truc qui t'aurait plu. Rien que des types
dans ton genre.
- Dans mon genre ? s'intrigua Stéphane. Quel
genre ?
- Ben, des types qui font que des vannes, et puis des trucs qu'on
lit à l'envers, et puis qu'on mélange les lettres, et
tout ça, explicita Ernest.
- Ah ouais, fit Stéphane. Et alors ?
- Alors rien. J'y pige rien, je voudrais bien arrêter,
maugréa Ernest.
- Et comment on fait pour arrêter ? demanda Philippe.
- Ben justement, j'en sais rien, bougonna Ernest.
- Ben c'est pas dur, t'as qu'à aller voir à
http://quatramaran.ens.fr/mailman/listinfo/oulipo et puis tu
remplis la case tout en bas,
intervint Estelle.
- Ah ouais ? Et si ça marche pas ? ironisa Ernest.
- Eh ben alors t'écris à oulipo-admin@quatramaran.ens.fr et puis on essayera de t'aider,
conclut David.
© Nicolas Graner - avril 2000