Aller au menu
Aller au pied de page
Retour vers Le cothurne étroit

Commentaire de
Vite lus

Si ce n'est pas encore fait, lisez « Vite lus » avant de lire la suite de cette page.

En bref.

Condensés de quelques œuvres célèbres formés de phrases prises au début, au milieu et à la fin de l'œuvre.

Mais encore...

Un jeu littéraire classique consiste à coller ensemble la première et la dernière phrase d'un livre (son incipit et son excipit) pour obtenir une sorte de résumé minimaliste de l'ouvrage. Cet exercice, qui donne parfois des résultats intéressants ou amusants, souffre de plusieurs défauts :

Pour corriger ces défauts, une variante beaucoup plus intéressante consiste à juxtaposer non pas deux mais trois extraits du livre :

Dans Vite lus, ce procédé a été appliqué aux œuvres suivantes, par ordre chronologique de leur publication :

  1. Le Cid de Pierre Corneille (1636).
  2. Tartuffe de Molière (1664).
  3. Dom Juan de Molière (1665).
  4. Candide de Voltaire (1759).
  5. Le Rouge et le noir de Stendhal (1831).
  6. Les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas (1844).
  7. Les Misérables de Victor Hugo (1862).
  8. Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne (1872).
  9. Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert (1881).
  10. Germinal d'Émile Zola (1885).
  11. Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand (1897).
  12. À la recherche du temps perdu de Marcel Proust (1913-1927).
  13. Ulysses de James Joyce (1922).
  14. L'Étranger d'Albert Camus (1942).
  15. Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry (1943).
  16. Zazie dans le métro de Raymond Queneau (1959).
  17. Les Choses de Georges Perec (1965).
  18. Je m'en vais de Jean Echenoz (1999).

Le jeu est plus ou moins facile selon le texte choisi. Un exemple favorable est Cyrano de Bergerac : après les trois premières répliques (« Holà ! Vos quinze sols ! — J'entre gratis ! — Pourquoi ? »), le « pourquoi » offre une ouverture qui permet d'enchaîner sur un tout autre sujet. En recherchant toutes les phrases de la pièce qui commencent par « Parce que... », on en trouve une qui contient l'expression « quelque chose », expression qui se retrouve également dans la troisième réplique avant la fin. Cette phrase réalise donc un lien assez naturel entre le début et la fin de la pièce.

A contrario, Les Choses est particulièrement défavorable. Le début du roman est entièrement écrit au conditionnel et décrit un logement, sans faire intervenir d'action ni de personnages. La fin est écrite au futur et résume la vie à venir des deux héros. Il est pratiquement impossible de relier les deux de façon cohérente par le sens et la grammaire. J'ai fait le choix d'un passage où les héros n'apparaissent pas, qui pourrait laisser entendre que la vie dont il est question serait celle des placards, mais ce n'est pas très clair, et la discordance grammaticale de la dernière phrase subsiste.

Pour vérifier que ce jeu peut donner des résultats très différents selon les choix effectués, considérez par exemple Les Misérables. Au lieu du condensé proposé, qui compte 611 caractères, en voici un autre tout aussi valable qui n'en compte que 226 :

En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. En ce moment une balle lui brisa sa croix sur sa poitrine, et il tomba. La chose simplement d'elle-même arriva, comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va.


Revenir au texte

© Nicolas Graner – 2010

Menu de navigation

Pied de page

Contacter l'auteur.

Cette page http://www.graner.net/nicolas/OULIPO/vite-exp.html respecte les standards XHTML 1.0 strict et CSS 3.
Dernière modification le 30/09/2014.